Les chances d’être
frappé par la foudre sont de 1 sur 240 000. Les chances de gagner le
plus gros montant aux machines à sous varient entre 1 chance sur 4 096
et 1 chance sur 33 554 000.British Columbia Partnership for Responsible
Gaming (30 novembre 2004)
Appareils électroniques de
jeux de hasard et d'argent qui ne demande aucune stratégie ou habilité
particulière et dont les lots sont déterminés au lancement du jeu et non
pas au moment de leur arrêt par l'utilisateur. Ainsi le bouton, levier,
ou la pression du doigt sur un écran tactile, (etc.) afin de
signifier à l'appareil de s'arrêter n'ont d'utilité que celle d'induire
l'illusion d'un contrôle par l'utilisateur. Certains sont en réseau tel
ceux que l'on retrouve dans les casinos et d'autres sont indépendants de
tout réseau. Dans cette dernière configuration, les lots sont déterminés
de façon indépendante pour chacun des appareils. Statistiquement, chacun
des tours (chaque fois que la machine est lancée) sont
indépendants et ce que l'appareil soit configuré en réseau ou non, que
l’utilisateur change de machine (à chaque fois que l’on «joue»)
ou qu'il conserve conserve la même, ses probabilités (chance) de
gagner sont strictement identiques.
Ces appareils sont très lucratifs pour les sociétés
qui les gèrent. Elles représentent généralement plus de 80% des profits
des casinos. Très addictives, elles sont responsables de la majorité des
cas de jeu pathologique recensés au sein des populations ou elles sont
présentes. Au Québec (1),
elles ont été légalisées à la fin des années 80 et installées dans les
bars et autres débits de d’alcool sur l’ensemble du territoire. Devenues
très accessibles, elles sont, dans ce pays (et
ailleurs dans le monde) responsable d’environ
90%
des cas de jeu pathologique recensés. On évalue que les joueurs
pathologiques contribuent à un étonnant 59,1 %
(2)
des revenus provenant de ces machines et
que ceux-ci rapportent donc au Québec plus du tiers des profits de la
société d’État qui les gèrent (Loto-Québec).
Au Québec sur les 5%
(3) de la population qui déclarent
souffrir de cette dépendance, 4% serait, par conséquent, dépendant aux
machines à sous électroniques!
Prévalence… à quel jeu?
Lorsqu’on parle de la prévalence du jeu compulsif au sein de la
population, on confond tous les jeux… bingo, loteries, courses de
chevaux, machines à sous (MAS) et appareils de loterie-vidéo (ALV), jeux
de table aux casinos, etc… Cette façon de mesurer le taux de prévalence
ne donne pas toute la mesure du problème puisque ce taux varie
considérablement d’un «jeu» à un autre…
Ainsi pour les seuls appareils de loterie-vidéo (MAS) près de 40% de
personnes qui y jouent éprouvent à des degrés divers un problème de jeu
compulsif! 90% des joueurs pathologiques recensés sont dépendants de ces
appareils et ceux-ci représentent 96% des demandeurs de traitements!
C’est ce grave phénomène qui fait dire que les ALV sont l’équivalent du
crack (forme de cocaïne) pour les gamblers…
Pourquoi les appareils de loteries sont-elles responsables d’un si
grand nombre de joueurs compulsifs ?
Si auparavant la réponse générale à donner était:
«Il n'existe pas de cause universelle et unique expliquant le
comportement de jeu compulsif. Chaque joueur et chaque joueuse a ses
raisons d'accrocher à ce type de dépendance. Mais toujours, la personne
essaie de fuir ou d'exprimer un besoin ou un malaise intérieur…»
Cette réponse est toujours actuelle mais on se doit dorénavant de
considérer les appareils de loteries vidéo et autres machines à sous
dans une catégorie à part… Puisque si cette réponse sommaire s’applique
à la majorité des gamblers autres que ceux qui s’adonnent aux ALV (et
MAS), pour ceux-ci, même si on ne peut exclure totalement les causes
individuelles et sociales, le facteur le plus déterminant serait, selon
l’étude citée plus haut (Évaluation de la dangerosité des appareils
de loterie vidéo), la programmation de la machine elle-même!
Les appareils de loteries-vidéo et autres machines à sous utilisent des
failles dans le processus cognitif (une peu comme la publicité
subliminale - interdite) pour rendre les joueurs dépendants....
La petite histoire des appareils de loteries-vidéo
(A)
Les appareils furent développés aux Etats-Unis… Au tout début de leur
implantation, l'Oregon était confronté aux nations amérindiennes de son
territoire qui avaient obtenu en 1988 du gouvernement fédéral américain
le droit d'outrepasser les lois et règlements des États pour construire
et gérer des établissements de jeu. De plus, la proximité du Nevada et
de l'État de Washington (qui a des établissements étatiques de jeu
partout sur son territoire) ont placé l'Oregon dans une situation
intenable, alors que ses citoyens (joueurs pathologiques)
perdaient des sommes considérables dans des économies qui échappaient au
gouvernement de l'Oregon. Cet État subissait tous les dommages sociaux
du jeu pathologique tout en perdant ses ressources financières. Il
fallait trouver un moyen pour conserver l'argent du jeu pathologique. L'ALV
de la quatrième génération (gobe-sous [au début du siècle], machines
à sous [dans les casinos], poker vidéo [dans le marché gris des petits
commerces] et enfin l'ALV étatique) a été conçu comme un instrument
pour le faire. L'ALV est ainsi un appareil spécifiquement conçu pour
capter le joueur déjà pathologique et pour précipiter le jeu
pathologique chez la personne à risque de devenir pathologique.
Distorsion cognitive et effets paradoxaux…
Cette distorsion cognitive que les ALV induit chez les joueurs serait
due à plusieurs éléments. Le premier serait le résultat d’une habile
combinaison entre la fréquence relativement élevée de lots et les
montants de ceux-ci (petits lots versus lots significatifs). L’actuel
taux de retour est de 92% et le taux d’encaissement de +/-78%. Si on
l’augmentait à 93%, le taux d'encaissement risquerait de devenir
nettement inférieur à 75%. Du moins, c'est ce qui s'est produit sur les riverboats américains. En fait, tous les organismes de jeu rêveraient
d'augmenter leur taux de retour jusqu'à 93-95%. Un taux de retour
supérieur serait encore plus addictif. Ce qui empêche des taux de retour
de 96-99% est le temps trop long que cela prendrait à un joueur pour
perdre son argent. Il faudrait alors selon l’étude Leblond 50 000
appareils au Québec pour avoir quelques sièges de libres pour les
nouveaux clients." En résumé... plus le taux de retours est élevé plus
il y a risque que l'appareil crée des joueurs pathologiques. C'est tout
un effet paradoxal, ça!
D’autres éléments de la programmation participeraient à cette distorsion
cognitive. Entre autres, celui de simuler un processus mécanique. Le
joueur devant son écran a ainsi l’impression d’être devant des rouleaux
mécaniques qui tournent et qui s’arrête comme si leur mouvement était
déterminé mécaniquement. Pour Leblond, "l’objectif de ces mouvements
pseudomécaniques est de favoriser l’impression fausse qu’il y a dans les
ALV une mécanique qui s’exerce en fonction des lois physiques". Les
appareils sont ainsi programmés pour donner l’illusion aux joueurs
qu’ils ont bien failli gagner un lot… Les images qui s’affichent donnent
très régulièrement des presque lignes gagnantes… des presque mains
gagnantes, etc... Et ce, bien que le lot soit en fait déterminé dès le moment où le
joueur lance la machine… Les images qui s’affichent, le bouton d’arrêt
ou le manche ne sont là que pour induire les gens en erreur puisqu’ils
n’ont en fait aucun contrôle sur l’issu du jeu… De plus, il est aussi
important de ne donner aucun repaire temporel ou des sommes dépensées…
Le joueur doit oublier le temps qui passe devant ces machines et
l’argent qu’il y a dépensée… En fait, ces machines seraient presque des
minis casinos… Certain diront que c’est jeux sont de véritables
arnaques… et le pire, c’est qu’ils n’ont selon toute vraisemblance pas
tort! Les ALV manifesteraient donc un surdosage de caractéristiques qui
conduisent au jeu pathologique… La rentabilité de ces appareils et des
établissements de jeu qui les recueillent dépendrait donc en grande
partie du jeu pathologique!
Un potentiel addictif mal adapté au Québec
Si au tout début des petits États américains comme l'Iowa, l'Oregon, le
Delaware et le Rhode Island ont été peut-être justifiés (?) d'implanter
des ALV pour retenir leurs joueurs pathologiques, ceux-ci ont alors eu
la sagesse de rendre en même temps accessibles des services cliniques.
La stratégie observable était alors de capter le joueur par les ALV et
de le traiter immédiatement. C'est ce qui n'a pas été fait au Québec ni,
à toutes fins pratiques, ailleurs au Canada.
Au Canada, les provinces ont un contrôle législatif absolu sur le jeu.
Il n'y avait aucune raison d'implanter un appareil paramétré de manière
aussi puissante pour endiguer une dépense au jeu dont la fuite était
marginale. Il n'y avait aucune trace tangible d'un marché noir important
relié au crime organisé. La plupart des ALV que l’on retrouvait
correspondaient à ce que l’on nomme le marché gris... Celui des
propriétaires de dépanneurs qui disposaient tout de même d’une licence
de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). Il pouvait
parfaitement être réglementé par l'État. Les nations amérindiennes
n'organisaient que des bingos que le Québec avait déjà facilement
contrés.
Bref, le gouvernement du Québec n'avait besoin que d'un chien de berger
capable de japper un peu pour ramener les brebis égarées. Au lieu de ça,
il a acheté un fauve qui a réglé le cas des égarés en les dévorant. Le
potentiel addictif de l'ALV est beaucoup trop puissant pour les besoins
du Québec.
Jouer avec modération… Un message dangereux!
Un second point important de l’étude de ce chercheur conclut au
caractère iatrogène des messages du type "Jouez avec modération ..."
«Pour que le jeu demeurent un jeu». Une fois que la dépendance
psychologique est installée, il est illusoire de croire que l'on puisse
contrôler les dommages en faisant appel à la modération. Une aide
clinique professionnelle est nécessaire. Leblond a eu recours au concept
d'optimisme irréaliste afin d'avancer le caractère iatrogène plausible
du message. Si la modération (un moyen facile) était suffisante
pour contrer les dommages, pourquoi aurait-on peur de devenir malade?
Quand on y regarde de près, le message "Jouez avec modération ..." est
une merveille comme stratégie amenuisant les attitudes de prudence
salutaire envers le jeu pathologique. Le dépliant qui est disponible
avec les ALV comporte aussi ces messages qui donnent un faux sentiment
de sécurités et ce d’autant qu’il ne fait référence qu’au taux de
prévalence générale, et non au taux de prévalence du jeu compulsif au
sein des joueurs réguliers d’ALV qui est, lui, de 25 à 50%!
Ce que le gouvernement pourrait
faire dans le cadre d’une politique axée sur la santé publique et le
bien commun…
Maintenant que le gouvernement connaît les ravages causés par les
appareils de loteries vidéo qui sont, somme toute, beaucoup plus
importants que ceux causés par le tabac, l’alcool et la plupart des
drogues illicites… Il se doit d’agir promptement car le gouvernement
n’est plus en mesure de faire le «Ponce Pilate»… Il ne s’agit plus
seulement d’un dossier relevant de Loto-Québec… puisque qu’il y a ici de
très importants enjeux de santé publique.
Voici ce qui est urgent de faire :
1- Réduire de façon substantielle les ALV (machines à sous) en limitant
l’accès à ceux-ci aux actuels hippodromes et casinos.
2- Modifier la programmation des
ALV (machines à sous) afin de les rendre moins dangereux (addictids).
3- Modifier la mise en garde sur
les appareils avec un message de ce type «L’utilisation de loteries
vidéo peut créer une dépendance au jeu chez certaines personnes. Cette
dépendance constitue une maladie qui risque dans certain cas d’être
mortelle.»
4- Modifier le contenu du dépliant
en ajoutant cette mise en garde et en ajoutant le taux de prévalence de
joueurs compulsifs pour ce type de «jeu» c-à-d 25 à 50%.
5- Imposer un moratoire sur tout
nouveau projet de développement au sein de cette industrie (ex. : créer
des casinos régionaux avec les hippodromes) et ce tant et aussi
longtemps que le pourcentage de personnes aux prises avec un problème de
dépendance aux ALV et autres machines à sous ne sera pas sous un seuil
acceptable (+/-5%?) et que les appareils n’auront pas été tous retirés
des bars et autres débits d’alcool. Il n’est actuellement pas opportun
d’impliquer un nouveau «joueur» au sein de cette industrie (l’entreprise
privée).
Voilà... maintenat ces au/aux
gouvernment/s de jouer!
Alain Dubois, intervenant (agent de
relations humaines) auprès de toxicomanes et de joueurs pathologiques;
membre de la coalition EmJEU (Éthique pour une modération du jeu)
www.emjeu.com et éditeur du site
www.jeucompulsif.info
(A) Cette étude de +/-450 pages est disponible pour téléchargement dans
la section «Recours collectif» du site
www.jeu-compulsif.info
(1) Lire à ce sujet
Le syndrome québécois(2) D'après les
estimations très conservatrice du sociologue Serge Chevalier, de l'Institut national de
santé publique du Québec, à eux seuls, les accros du vidéopoker ont
permis à Loto-Québec d'engranger quelque 441 millions en profits l'an
passé. Cette somme dépasse de loin l'ensemble des profits que la société
d'État a réalisés dans ses trois casinos.
M. Chevalier a basé son analyse sur une enquête entreprise en 2002
par l'INSP et le Centre québécois d'excellence pour la prévention et le
traitement du jeu. On a interrogé 8842 Québécois sur leurs habitudes de
jeu et sur les sommes qu'ils y consacrent.
(3)
Selon une étude
Léger
Marketing réalisé dans
le cadre du Forum sur le jeu pathologique, 5 %
des Québécois se considèrent eux-mêmes joueurs pathologiques mais ce
pourcentage représente probablement une sous estimation de la
réalité. Puisque le fait de d'admettre sa dépendance ou sa
toxicomanie représente déjà un pas difficile à franchir... La
question posée était la suivante : « Sachant qu’un joueur compulsif est
dépendant et obsédé parle jeu et qu’il ne pense qu’à retourner jouer
pour récupérer ses pertes, estimez-vous être un joueur/une joueuse
compulsif(ve)? »
|