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Des rats et des
hommes…toxicomanes
La
consommation volontaire de drogues est un comportement retrouvé dans
un nombre importante d'espèces du règne animal. Mais jusqu'alors, on
pensait que la toxicomanie, définie comme une consommation de drogue
compulsive et pathologique, était un comportement spécifique de
l'espèce humaine et de sa structure sociale.
Aujourd'hui, les travaux de l'équipe de Pier-Vincenzo Piazza
(Directeur Unité Inserm 588 « Physiopathologie du comportement »)
montrent que les comportements qui définissent la toxicomanie chez
l'homme, apparaissent également chez le rat qui s'auto-administre de
la cocaïne. La toxicomanie des hommes et des rongeurs présente des
similitudes étonnantes. La découverte d'un comportement de
dépendance à la drogue chez ce mammifère modèle suggère fortement
que la toxicomanie est une véritable maladie du cerveau qui
résulterait non seulement d'une exposition prolongée à la drogue,
mais aussi d'une vulnérabilité individuelle forte. Ces résultats
devraient permettre de pénétrer les mystères de la biologie de la
toxicomanie et, partant, d'améliorer son traitement. Cette étude est
publiée dans la revue
Science
datée du 13 août 2004.
L'objectif principal des
chercheurs qui travaillent sur les consommations abusives de drogues
est de mettre au jour les mécanismes qui mènent à la dépendance ou
addiction. L'addiction ne se résume pas à la prise de drogues mais à
une consommation compulsive maintenue en dépit des conséquences
néfastes engendrées. Ce comportement n'apparaît que chez une faible
proportion des consommateurs (15-20%) et possède les
caractéristiques d'une maladie chronique, puisque la rechute, même
après des périodes prolongées de sevrage, est quasiment la règle (90
% environ).
Mais jusqu'alors, aucun
véritable modèle n'existait chez l'animal, limitant ainsi fortement
la compréhension du phénomène de dépendance. En effet, on pensait
que si les animaux montrent une consommation volontaire de la
plupart de drogues , la véritable toxicomanie été une spécificité de
l'espèce humaine.
C'est pourquoi
l'équipe de l'Inserm a voulu vérifier si une addiction aux drogues
pouvait être observée chez le rongeur. Pour cela, elle a étudié la
consommation volontaire (auto-administration) intraveineuse de
cocaïne de quelque 100 rats. Les rats, dont les mouvements sont
libres, s'auto-administrent la drogue quand ils enfoncent leurs
museaux dans un trou disposé dans une des parois de leur « chambre
expérimentale ».
Trois critères de dépendance
à la cocaïne évalués chez le rat
Les animaux sont
suivis de façon journalière pendant trois mois, période très longue
pour la vie de ce rongeur (environ deux ans). Durant cette période
l'intensité de trois comportements considérés comme critères
diagnostics de dépendance chez l'homme (selon le DSMIV, principal
manuel diagnostic en psychiatrie) est évaluée à plusieurs reprises:
- la difficulté à
arrêter la prise de drogue ou à limiter sa consommation.
Ce comportement est
testé en évaluant les demandes de l'animal pour la drogue pendante
des périodes où celle-ci est rendue indisponible grâce à la
programmation de pauses de 15 minutes sans auto-administration
possible entre des sessions de 40 minutes pendant lesquelles la
cocaïne est disponible. - la motivation élevée pour la recherche de
la drogue et sa consommation.
Ce comportement est
testé en estimant le travail que l'animal est prêt à fournir pour
recevoir la drogue grâce à la programmation d'un nombre de demandes
de plus en plus important, nécessaire pour que l'animal reçoive une
injection de cocaïne (jusqu'à un millier).
- la consommation
continue malgré les conséquences néfastes de la prise de drogue.
Ce comportement est
suivi en évaluant la persistance du comportement de prise de drogue
quand l'administration de celle-ci est associée à une punition.
-Ensuite, l'équipe de
Pier-Vincenzo Piazza à aussi évalué la propension à la « rechute »
puisque un très fort tôt de rechute (90 %) caractérise la
toxicomanie chez l'homme même après des périodes prolongées de
sevrage qui suivent un premier diagnostic. Pour cela, les chercheurs
ont exposé les rats –après une période d'abstinence de 5 ou 30 jours
qui suit les trois mois d'auto-administration–, à des stimuli connus
pour induire la rechute chez l'homme (comme la présentation d'une
petite quantité de drogues ou des stimuli conditionnelles associée à
la prise de drogue) et ont analysé leur comportement de recherche de
drogue.
Rongeurs : 100%
consommateurs, 17% « accros »
Les résultats de ces études
montrent que chez les rongeurs comme chez l'homme un comportement
d'addiction se développe progressivement dans le temps. En effet,
après un mois d'auto-administration aucun animal ne montre de signes
de toxicomanie. Toutefois, entre le deuxième et le troisième mois d'auto-administration
les trois critères testés deviennent progressivement positifs chez
un certain nombre de sujets. Comme chez l'homme, seul un nombre
limité de rats « consommateurs » développe un comportement
d'addiction (17% pour le rat, 15 % pour l'homme). Ces rats «
dépendants » n'arrivent plus à limiter la prise de drogues et sa
recherche (1er critère testé), ils montrent une motivation
extraordinairement élevée pour la drogue (2è critère) et continuent
à s'auto-administrer la drogue malgré l'association d'une punition à
la prise de cocaïne (3è critère). De plus, comme les toxicomanes,
les rats qui développent un comportement d'addiction ont aussi une
propension beaucoup plus élevée à la rechute, même après une période
prolongé de sevrage.
Enfin, Pier Vincenzo
Piazza et ses collaborateurs montrent que les comportements
d'addiction du rongeur sont spécifiques et ne peuvent être imputés à
d'autres différences comportementales comme l'activité motrice,
une plus grande anxiété ou une consommation plus élevée de drogues.
En effet, ces comportements sont identiques chez les animaux qui
développent ou ne développent pas de « dépendance ».
L'ensemble de ces éléments
montre qu'après une période prolongée d'auto-administration, des
comportements apparentés à la toxicomanie sont observés chez une
espèce animale. D'après ces résultats qui montrent des similitudes
surprenantes entre l'homme et les rongeurs, les auteurs concluent
que les mécanismes neuroadaptatifs induits par l'exposition
chronique à une drogue et leurs conséquences sur le comportement
sont conservés au cours de l'évolution. Le rat dépendant, modèle
d'étude, pourrait alors permettre d'identifier les effets de la
drogue spécifiquement impliqués dans l'installation de la
dépendance.
Les travaux de l'équipe
bordelaise suggèrent également que la « toxicomanie » n'est pas
uniquement le fait d'une exposition prolongée à la drogue. Elle
résulte aussi du degré de vulnérabilité de chaque individu à la
dépendance. En effet, bien que tous les animaux consomment
strictement la même quantité de drogue, une petite proportion
d'entre eux seulement développe des comportements apparentés à la
dépendance. « Nos résultats
permettent de proposer une vision unifiée de l'origine de la
dépendance qui se fonde sur l'interaction entre niveau d'exposition
à la drogue et degré de vulnérabilité individuelle. La toxicomanie,
paraît donc avoir un statut identique a d'autre maladie du cerveau
qui résultent les plus souvent d'une interaction entre un stimulus
environnementale pathogène et un terrain de prédisposition »,
soulignent les chercheurs de l'Inserm en conclusion.
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Pour en savoir plus
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Source
"Evidence for
addiction-like behavior in the rat"
Véronique Deroche-Gamonet,
David Belin et Pier-Vincenzo Piazza
Unité Inserm 588 «
Physiopathologie des comportements », Bordeaux
Science, vol 305- n°5686,
13 août 2004
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Contact chercheur
Pier-Vincenzo Piazza
Unité Inserm 588 «
Physiopathologie du Comportement »
Tél : 06 07 73 06 89
Mél :
Pier-Vincenzo.Piazza@borde
www.Jeu-compulsif.info
&
www.toxico.info