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Me May Chiu, Quête d'idéal

Par Guylaine Boucher journaliste pour l'Agence Médiapresse inc. Ce texte a été publié dans le Journal du Barreau, Volume 34 - numéro 7 - 15 avril 2002

 
La rue est étroite, l'édifice presque anonyme. Pourtant pour la communauté chinoise du Grand Montréal, le quatrième étage de la rue Côté est bien plus qu'un simple bureau. Porte d'entrée du réseau de la santé et des services sociaux et centre de référence dans divers domaines, le Service à la famille chinoise du Grand Montréal fait figure de phare dans la communauté sino-québécoise. À la tête du Service depuis mai 2001, Me May Chiu affirme avoir trouvé l'équilibre parfait entre le droit et son goût pour le combat politique. Un parcours parsemé de luttes anti-discrimination et de représentations publiques. Un défi à la hauteur de son idéal.
Me May Chiu, du Service à la famille chinoise du Grand Montréal
Me May Chiu, du Service à la famille chinoise du Grand Montréal

Née à Hong Kong, May Chiu avait six ans lorsque ses parents décident de mettre le cap sur une autre vie. Installée à Trois-Rivières, où une tante habite déjà depuis quelques années, la petite May s'intègre lentement mais sûrement à la société québécoise. D'abord étudiante au Collège de Lennoxville, lorsque vient le temps de s'inscrire à l'université, elle fait le grand saut vers Montréal. Curieuse et assoiffée de connaissances, elle étudie alors la philosophie et l'histoire de l'art au grand dam de ses parents. « Mes parents me demandaient souvent quand j'aurais un vrai travail. Pour eux, les études ne servaient à rien si elles ne menaient pas à un travail tangible. Moi, j'étais trop idéaliste pour me limiter, je voulais explorer. »

Sans grande surprise, elle se retrouve sans emploi au terme de ses études. C'est finalement un travail d'intervenante sociale au Service à la famille chinoise du Grand Montréal qui la mettra sur le chemin du droit. « Quand j'ai eu terminé mes études, je suis allée cogner à la porte du Service et comme ils avaient besoin de personnel à l'accueil ils m'ont offert un emploi. J'ai tout fait, dont être interprète pour des avocats. C'est notamment en faisant cela que j'ai réalisé à quel point le droit pouvait être intéressant. En plus, pour être franche et même si mes propos ne plairont pas à certains de mes collègues, j'étais tellement déçue de la manière dont les avocats que je rencontrais travaillaient et traitaient les gens que je me suis dit que je ne pourrais pas faire pire. »

Retour aux sources et droit

Diplômée en droit de l'Université McGill, elle deviendra membre du Barreau du Québec en 1996. Un parcours entrecoupé d'un séjour d'un an en Chine, autre entorse au cheminement rectiligne de la majorité de ses collègues d'études d'alors. « Quand j'ai terminé mon Barreau, j'éprouvais le besoin de retrouver mes origines, de découvrir quelle était ma culture. J'ai donc quitté pour la Chine où j'ai vécu pendant un an. J'y ai enseigné le droit et l'anglais à l'Université de Shanxi, dans le nord de la Chine. Je n'avais pas d'enfant, pas de travail. C'était là ou jamais. J'ai plongé. Avec le recul, je peux dire que c'est la meilleure décision que j'ai prise de ma vie. »

Son séjour en Chine lui permettra de découvrir beaucoup de choses, dont sa propre culture. « J'étais tellement jeune quand j'ai quitté la Chine que je n'avais pas véritablement de souvenir de la vie là-bas. J'ai découvert beaucoup de choses et ça m'a notamment permis de mieux comprendre quelle avait été l'histoire de mes parents. »

De retour aux pays, son expérience outre-frontière, lui permet de décrocher rapidement un stage dans un bureau spécialisé en droit de l'immigration. Un choix qui lui permettra de fonder son propre cabinet et de vivre à fond l'aventure du droit pendant trois ans, jusqu'à ce que, enceinte de son premier enfant, elle décide de se retirer. Depuis mai 2001, devenue directrice générale du Service à la famille, elle ne pratique plus le droit au sens où on l'attend généralement. Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer que sa formation et son expérience dans le domaine juridique sont mises à contribution quotidiennement.

Luttes et droits humains

Dans les faits, la défense des intérêts d'un pan entier de la population a aujourd'hui remplacé l'intervention plus individuelle à laquelle sa pratique l'avait habituée. « J'assume un rôle de représentation, mais aussi de défense des droits de toute la communauté chinoise. La capacité d'analyse que ma formation m'a permis de développer m'est utile à chaque fois que je dois, par exemple, négocier des ententes avec le gouvernement ou encore quand je dois défendre des principes basés sur le droit de la personne. C'est ce qui fait que j'ai pu avoir gain cause dans certains dossiers. »

L'abandon d'un projet de mini-casino, enraciné en plein cœur du quartier chinois, figure au nombre des luttes qu'elle a menées avec succès depuis son entrée en fonction. Un combat aux retombées plus larges que ce qui n'y paraît, puisqu'à la suite des pressions qu'elle a effectuées, la Régie des alcools, des courses et des jeux s'est engagée à modifier les véhicules utilisés pour faire connaître au public les projets de cette nature. « Traditionnellement, la Régie publiait les informations de cette nature uniquement dans Le Devoir. Évidemment, ce n'est pas tout le monde qui peut en prendre connaissance. Agir de cette manière c'est faire comme si la population québécoise était un bloc monolithique or, ce n'est pas du tout le cas. J'ai donc réussi à convaincre les autorités que pour rejoindre tout le monde, ces avis devaient aussi être publiés dans les journaux de quartier qui sont parmi les médias les plus lus, surtout dans les communautés culturelles. À mon sens, tout le monde devrait pouvoir avoir accès à une information susceptible de changer son environnement. C'est une question de droits de la personne. »

Heureuse des résultats obtenus jusqu'à présent, May Chiu se promet d'ailleurs de récidiver et d'agir sur tous les fronts, qu'ils soient politiques ou légaux, pour faire changer les choses. « Mon statut actuel est un mélange entre le politique et le juridique. C'est le meilleur des deux mondes, comme si enfin je pouvais utiliser tous les moyens qui sont à ma disposition pour servir mon idéal de toujours: mettre fin à la discrimination. »

Ce texte a été publié originalement dans le Journal du Barreau. Il est reproduit avec l'aimable autorisation de son auteur


Les services venant en aide à la communauté chinoise sont menacés par des fonctionnaires ! La directrice du Service d'aide à la famille chinoise du Grand Montréal (SFCGM) May Chiu réclame plus d'argent pour lutter contre les problèmes engendrés par le jeu compulsif dans la communauté.

Sur le même sujet: Le jeu pathologique dans la communauté chinoise, une vision anthropologique, par Élizabeth Papineau, Loisir et Société , 2001

Site Web du Service d'aide à la famille chinoise du Grand Montréal (SFCGM)