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ILLINOIS, ÉTATS-UNIS
Les dépenses sociales reliées au jeu pathologique représenteraient près de la moitié de celles reliées à des problèmes de toxicomanie !

Alain Dubois, Jeu Compulsif & Toxico News, 24 mars 2004

Voilà ce qu’affirme le célèbre professeur et économiste Earl L. Grinols de l'Illinois dans son livre “Gambling in America: Costs and Benefits ” publié chez Cambridge University Press. Grinols a été membre du conseil aviseur en matière économique pour le Président Ronald Reagan. Il a aussi témoigné devant le Congrès ainsi que dans près de deux douzaines de législatures de l'État et des comités législatifs sur « l'économie » de jeu.
Suite au développement exponentiel des jeux de hasard et d’argent et des casinos en particulier, les coûts sociaux reliés à des États-Uniens souffrant de jeu pathologique sont eux aussi montés en flèche. Ces coûts seraient à presque la moitié de ceux reliés à d'abus de la drogue aux États-Unis.

Les coûts sociaux associés au jeu pathologique sont, selon lui, très nombreux : augmentation de la criminalité, de la violence domestique et du mauvais traitement aux enfants; temps de travail perdu; faillites, privations financières des familles des joueurs pathologiques. Pour cet économiste les coûts, qu’il chiffre à 54 milliards de dollars/an, auraient atteint des dimensions épidémiques. Le «US General Accounting Office» évalue à 110 milliards de dollars annuellement les coûts reliés à l'abus des drogues.

Grinols évalue les bénéfices reliés à l’apport économique des casinos à 46 $ par joueur alors que les coûts sociaux sont à la hausse et représenterait une somme de 289 $ par joueur ! Il écrit; “les dépenses annuelles reliées aux problèmes associés au jeu pathologique sont comparables à la valeur de la production perdue lors d'une récession économique de quatre ans.” C’est tous les contribuables qui doivent payer la note pour les problèmes d’une minorité, écrit-il.

Comme les casinos ont davantage d’impacts économiques et sociaux négatifs que positifs, ils doivent, selon Grinols, être mieux réglementés et contrôlés. Le besoin de l'intervention publique arrive, ajout’ il, précisément quand il y a une telle disproportion entre les coûts sociaux et les bénéfices que peut en tirer l’ensemble de la société : “need to be regulated, monitored and in some cases altered or banned to achieve greater social well-being … The need for public intervention occurs precisely when the costs are borne by one agent or group and the benefits by another.”

Commentaire

Cette réflexion d’un économiste plutôt à droite est intéressante, non seulement par les chiffres que l’on y retrouve, mais aussi par son analyse strictement économique… Il est très probable qu’au Québec où le taux de joueur compulsif est le plus élevé au monde (5% (1) des Québécois se déclarent joueur compulsif), les coûts sociaux soient autant ou même plus élevé…


(1) Selon une étude Léger Marketing (http://www.jeu-compulsif.info/documents/sondage-leger-marketing-jeu-2001.pdf) réalisé dans le cadre du Forum sur le jeu pathologique, 5 % des Québécois se considèrent eux-mêmes joueurs pathologiques mais ce pourcentage représente probablement une sous estimation de la réalité. Puisque le fait de d'admettre sa dépendance ou sa toxicomanie représente déjà un pas difficile à franchir... La question posée était la suivante : « Sachant qu’un joueur compulsif est dépendant et obsédé parle jeu et qu’il ne pense qu’à retourner jouer pour récupérer ses pertes, estimez-vous être un joueur/une joueuse compulsif(ve)? »

Pour les loteries vidéo, S.Chevalier évoque un taux de 9% de joueurs compulsifs et de 40% de joueurs éprouvant un problème significatif. (Jeu pathologique et joueurs problématiques : Le jeu à Montréal par S Chevalier, D Allard, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Mtl-Centre, 2001 (http://www.jeu-compulsif.info/documents/jeu-pathologique-mtlcentre.pdf)

Voici quelques statistiques de Santé et Bien-être Canada:
26,8 % des joueurs pathologiques ont tenté de se suicider ;
37 % des joueurs pathologiques volent jusqu’à 5000 $ par année à leur employeur ;
14 % d’entre eux s’absentent du travail des journées entières dans le but de s’adonner à des jeux de hasard ;
36 % perdent leur emploi en raison de problèmes associés au jeu ;
83 % des joueurs compulsifs empruntent de l’argent auprès d’amis, de parents et d’établissements bancaires pour rembourser leurs dettes de jeu ;
Une étude effectuée par un chercheur de l’Université du Manitoba indique qu’un joueur compulsif coûte en moyenne 56 000 $ à la société.


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