LES RÉPERCUSSIONS DU JEU COMPULSIF

Le jeu compulsif a d'importantes répercussions sociales et financières sur les joueurs individuels, leur famille et la société en général. Le jeu compulsif a des effets négatifs comme la dépression, la polytoxicomanie, les malaises physiques associés au stress, les troubles familiaux et le crime. Ces problèmes représentent un problème majeur pour le système de soins de santé, mobilisent trop les tribunaux et se révèlent coûteux pour les contribuables.
Calculer les coûts financiers et sociaux du jeu compulsif et pathologique n'est pas une mince tâche. Il y a les coûts directs associés au traitement des problèmes mais aussi de nombreux coûts indirects comme les malaises physiques liés au jeu, les absences au travail et le temps passé devant les tribunaux. Selon une étude américaine, le coût des problèmes de jeux de hasard s'élèverait à 13 200 $ US par joueur par année, tandis qu'une étude effectuée par un chercheur de l'Université du Manitoba indique que les joueurs compulsifs coûtent en moyenne 56 000 $ CAN chacun à la société.

De toute évidence, les coûts liés au jeu compulsif sont suffisamment importants pour justifier que le gouvernement investisse davantage dans la prévention et la sensibilisation ainsi que dans des programmes de formation spéciaux destinés aux professionnels de la santé..

La polytoxicomanie

Beaucoup de joueurs compulsifs ont aussi une très faible résistance à d'autres types de dépendance, ce qui en fait facilement des victimes de l'alcoolisme et d'autres toxicomanies. On se demande si le jeu amène d'autres comportements dépendants. Certaines études suggèrent que les joueurs compulsifs et pathologiques cherchent dans l'alcool et dans d'autres drogues des moyens de soulager leur angoisse et de guérir leur dépression.
Les chercheurs de l'Alberta en sont venus à une conclusion bouleversante : tous les joueurs compulsifs et pathologiques pourraient être classés dans la catégorie des buveurs dangereusement excessifs. La Nouvelle-Écosse a constaté un lien évident bien que moins prononcé entre l'alcoolisme et le jeu compulsif et pathologique. En Saskatchewan, les joueurs compulsifs et pathologiques étaient considérablement plus susceptibles que les joueurs non compulsifs d'avoir été diagnostiqués comme ayant un problème d'alcool ou de drogue, de jouer en consommant des drogues ou de l'alcool et d'avoir cherché de l'aide pour régler ces problèmes. Une étude menée en Ontario établissait un lien entre la consommation abusive d'alcool et la passion du jeu surtout du jeu dans les casinos.
D'autres études montrent que les joueurs compulsifs et pathologiques sont plus susceptibles de fumer. Une étude effectuée aux États-Unis indique que le taux de joueurs pathologiques est dix fois plus élevé chez les cocaïnomanes qu'au sein de la population en general.

Les troubles mentaux et physiques.

On constate un lien entre le jeu pathologique et les troubles mentaux comme la psychose maniaque dépressive, l'hyperactivité avec déficit de l'attention, l'agoraphobie, les troubles obsessivo-compulsifs et la dépression clinique. Certains cas de dépression sont considérés comme étant le résultat de la tendance qu'ont les joueurs pathologiques à trop s'investir sur le plan de l'amour-propre dans le jeu. Par opposition, les joueurs non compulsifs peuvent perdre sans que leur estime de soi n'en souffre. La recherche démontre également que la dépression peut pousser les joueurs pathologiques à jouer encore davantage parce que leur tendance est directement reliée à l'intensité de leur humeur.
Les tentatives de suicide sont beaucoup plus fréquentes chez les joueurs pathologiques que chez les autres membres de la population. Une étude effectuée au Québec auprès d'étudiants de niveau collégial indique que 26,8 p. cent des joueurs pathologiques ont tenté de se suicider, en comparaison avec 7,2 p. cent des étudiants collégiaux qui n'avaient pas de problèmes de jeu. Parmi un échantillon de membres de l'association Gamblers Anonymous aux États-Unis, 48 p. cent avaient envisagé le suicide et 13 p. cent avaient tenté de se suicider. En fait, le taux de tentatives de suicide est plus élevé chez les joueurs pathologiques que chez les gens ayant d'autres dependences. Les malaises liés au stress, un des principaux problèmes qui drainent le système des soins de santé, sont typiques pour les joueurs pathologiques. Les taux de maux d'estomac, d'insomnie, d'ulcères, de colites, d'hypertension, de maladies cardiaques, de migraines et de problèmes de la peau sont supérieurs chez les joueurs compulsifs et pathologiques par rapport à l'ensemble de la population. Les répercussions sur le milieu de travai Les répercussions financières et sociales du jeu compulsif et pathologique se font sentir dans le milieu de travail, où l'absentéisme, le vol, la faible productivité et la perte d'emploi peuvent s'avérer coûteux tant pour les travailleurs que pour leurs employeurs. Selon une étude menée au Québec, les joueurs pathologiques coûtent à leur employeur cinq heures de travail par mois en raison de leurs retards. Les chercheurs ont calculé que si la moitié des joueurs pathologiques du Québec étaient en retard d'en moyenne cinq heures par mois et si la rémunération moyenne était de 30 000 $ par an, les salaires perdus équivaudraient à au moins 5 millions de dollars par année. La même étude démontre que 37 p. cent des joueurs pathologiques volent jusqu'à 5 000 $ par année à leur employeur, 14 p. cent manquent des journées entières de travail dans le but de s'adonner à des jeux de hasard et 36 p. cent perdent leur emploi en raison de problèmes associés au jeu. Les joueurs pathologiques sont aussi plus susceptibles de demander des avances et d'emprunter auprès de compagnons de travail. Par opposition, le jeu ne semble pas avoir de tels effets sur le rendement au travail des joueurs non compulsifs réguliers.

Les répercussions sur la famille

L'argent consacré au jeu par les joueurs non compulsifs n'a pas d'effet négatif sur les finances familiales dans la mesure où il s'agit d'argent mis de côté pour les divertissements. Par contre, dans le cas des joueurs compulsifs et pathologiques, les sommes d'argent excessives consacrées au jeu ont de graves conséquences pour leur famille. Cela se traduit souvent par des factures impayées, des services publics coupés et une diminution de l'argent prévu pour l'épicerie. Les joueurs pathologiques signalent aussi qu'ils utilisent les chèques de prestation d'aide sociale et qu'ils vendent des objets personnels pour financer leur passion du jeu.

Une étude effectuée aux États-Unis indique que les membres des groupes à faible revenu dépensent une proportion plus importante de leur revenu pour jouer que les personnes appartenant à des groupes à revenu plus élevé. Les premiers consacrent environ sept pour cent de leur revenu au jeu, alors que les seconds n'investissent que deux à trois pour cent de leur revenu dans ce type d'activités. Le jeu ne peut que poser un problème aux familles pour lesquelles l'argent comptant est une denrée rare. Le fait que les gens, qui touchent un faible salaire, aient moins tendance à chercher de l'aide pour régler leurs problèmes de jeu contribue à aggraver la situation.

Les relations familiales se ressentent également des effets négatifs du jeu compulsif et pathologique et le fardeau repose en grande partie sur les conjoints et les enfants. Si on les compare à l'ensemble de la population, les conjoints de joueurs pathologiques sont plus susceptibles de faire des dépressions nerveuses ou de sombrer dans l'alcool ou d'autres drogues et ils sont trois fois plus susceptibles de tenter de se suicider. Une étude menée en Alberta indique que plus de la moitié des joueurs pathologiques sont séparés, divorcés ou chefs de famille monoparentale. Selon une autre étude, bien que les joueurs compulsifs aient tendance à être moins violents que l'ensemble de la population, leurs conjoints, par contre, sont plus violents. Ces conclusions suggèrent que les joueurs pathologiques provoquent une violence réactionnelle chez leurs conjoints. En effet, une étude indique que 82 p. cent des femmes de joueurs pathologiques se sont mises, à un moment ou un autre, dans une telle colère contre leur mari qu'elles voulaient : «le tuer, le blesser ou le rendre invalide». La même étude signale que 76 p. cent des épouses de joueurs compulsifs avaient tendance à trop manger ou à ne pas manger suffisamment.

Les effets négatifs s'étendent aussi aux enfants des joueurs pathologiques. Ces enfants sont deux fois plus susceptibles de tenter de se suicider, ils ont des résultats scolaires inférieurs à ceux de leurs pairs et un taux d'abus d'alcool et d'autres substances plus élevé. En outre, les études suggèrent que les enfants de joueurs compulsifs et pathologiques sont eux-mêmes plus susceptibles d'avoir des problèmes de jeu en comparaison avec les enfants qui ont déclaré que leurs parents n'avaient pas de problèmes de ce genre.

Le crime

 Les joueurs compulsifs et pathologiques ont recours au crime pour financer leurs habitudes de jeu lorsqu'ils ont épuisé tous les autres moyens légaux de se procurer des fonds. Les études démontrent que deux joueurs pathologiques sur trois commettent des crimes en vue de rembourser leurs dettes ou de continuer à jouer. Bien que la majorité des crimes soient non violents et prennent la forme de détournements de fonds, de contrefaçon de chèques, de vol de cartes de crédit, de fraude fiscale, de vente d'articles volés, de fraude à l'assurance, de prise de paris, de vol ou de fraude auprès de l'employeur, on note aussi des crimes violents et des vols à main armée à l'occasion. Même si nous ne disposons pas des chiffres , nous pouvons supposer sans trop risquer de nous tromper que les coûts associés à l'arrestation, aux poursuites judiciaires et à l'emprisonnement des personnes commettant des infractions liées au jeu sont élevés.

Par ailleurs, la situation ne s'améliore pas nécessairement lorsque l'auteur de l'infraction se retrouve derrière les barreaux. Une enquête effectuée auprès de détenus a classé 30 p. cent d'entre eux dans la catégorie des joueurs pathologiques. Le jeu est un passe-temps qui occupe une grande place dans la plupart des prisons et le jeu compulsif peut très bien se poursuivre au sein des pénitenciers.

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