VI. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Le Conseil national du bien-être social a décidé de se pencher sur les jeux de hasard en raison de préoccupations générales au sujet de leurs effets pervers sur les Canadiennes et les Canadiens et de certaines préoccupations en particulier concernant l'impact du jeu sur les personnes à faible revenu. Nous nous demandions si l'assertion voulant que le jeu soit une forme de taxe cachée pour les pauvres comportait un fond de vérité.

Lorsque nous avons entrepris cette étude, nous étions pleinement conscients de la popularité du jeu mais nous avons été franchement surpris par certaines des conclusions auxquelles nous en sommes venus. Les montants joués par les Canadiennes et les Canadiens sont énormes. Une faible portion de la population joue rarement sinon pas du tout mais d'autres segments jouent régulièrement et vont jusqu'à risquer des milliers de dollars par année.

Nous avons également été étonnés de constater à quel point le jeu compulsif était répandu chez les adultes. Les enquêtes suggèrent que le nombre de joueurs compulsifs et pathologiques peut atteindre jusqu'à 1,2 million de Canadiennes et Canadiens.

Plus bouleversant encore peut-être, certains travaux de recherche ont démontré la popularité du jeu chez les jeunes et même chez les écoliers du primaire. À moins d'un changement d'attitude, nous craignons que la prochaine génération de joueurs compulsifs soit beaucoup plus grande.

Il n'y avait pas de liens évidents entre le jeu compulsif et les gens gagnant un faible revenu mais il serait prudent d'effectuer d'autres recherches dans ce domaine.

Une bonne partie de la recherche examinée dans le présent rapport avait été commandée par des gouvernements provinciaux qui partagent nombre de nos préoccupations. Nous apprécions leurs efforts mais nous reconnaissons en même temps la possibilité et la nécessité de faire beaucoup plus pour minimiser les effets pervers du jeu chez les Canadiennes et les Canadiens.

Compte tenu des conclusions du présent rapport, le Conseil national du bien-être social juge que les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient prendre les mesures suivantes: imposer des restrictions supplémentaires relatives à certains types de jeu; offrir davantage d'aide aux joueurs compulsifs; divulguer largement la portée et les risques du jeu; effectuer davantage de travaux de recherche sur le jeu et ses effets pervers.

Restrictions supplémentaires relatives au jeu. Nous nous préoccupons surtout de la trop grande accessibilité des appareils de loterie vidéo et des liens existant entre ceux-ci et le jeu compulsif. On note par exemple que l'étude commandée par la Nouvelle-Écosse a démontré que les appareils de loterie vidéo constituaient le type de jeu le plus étroitement lié au jeu compulsif, tant chez les adultes que chez les adolescents. Le Manitoba a tiré des conclusions analogues de ses études. Près de 92 p. cent des joueurs pathologiques qui ont cherché de l'aide auprès de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances ont indiqué que les appareils de loterie vidéo représentaient la forme de jeu à laquelle ils s'adonnaient le plus souvent. Autre point intéressant, les chercheurs de l'Alberta ont constaté que les appareils de loterie vidéo étaient préférés par les joueurs pathologiques en raison de la nature solitaire de cette activité.(93)

Plusieurs gouvernements provinciaux ont fait part de leur inquiétude relativement aux effets des appareils de loterie vidéo et ont mis en place des restrictions supplémentaires quelconques sur leur accès. La Nouvelle-Écosse les a retirés des épiceries de quartier, des salles de quilles et des stations-service et le Manitoba et l'Alberta ont imposé des limites quant au nombre d'appareils pour lesquels ils accorderont des permis. Dans ce contexte, la décision de l'Ontario d'installer 20 000 appareils de loterie vidéo semble ignorer les préoccupations pourtant très réelles que l'on perçoit ailleurs au Canada.

Les appareils de loterie vidéo ne sont pas très différents des machines à sous qui ont longtemps été la raison d'être des casinos et nous considérons que le casino est l'emplacement qui se prête le mieux à l'installation de tels appareils. Nous croyons par ailleurs que les appareils de loterie vidéo n'ont pas leur place dans les salles de bingo ou dans les hippodromes et encore moins dans les restaurants, les bars ou tout autre endroit fréquenté par les mineurs.

Recommandation no 1 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient envisager une interdiction formelle d'installer des appareils de loterie vidéo ailleurs que dans les casinos ou tout autre établissement qui s'y apparente.

Des études menées par plusieurs provinces indiquent clairement que les jeunes gens réussissent à acheter des billets de loterie et des produits de ce genre comme les billets en pochette et les billets Nevada en dépit des efforts des gouvernements provinciaux dans le but de limiter la vente de tels articles aux adultes. Nous croyons que des mesures supplémentaires devraient être prises pour décourager ces pratiques.

Recommandation no 2 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient adopter des lois prévoyant des sanctions sévères contre les détaillants qui vendent des billets de loterie aux mineurs et les exploitants d'établissements de jeu destinés aux adultes seulement qui admettent des mineurs.

Recommandation no 3 : Il faudrait interdire formellement l'installation de distributrices automatiques de billets de loterie et de produits analogues.

Plus d'aide pour les joueurs compulsifs. Les répercussions du jeu compulsif sur la famille et les amis peuvent être dévastatrices et certains types de problèmes associés au jeu peuvent s'avérer très coûteux pour les contribuables en général.

Les ressources en place pour aider les joueurs compulsifs varient énormément d'un bout à l'autre du pays. Comme les gouvernements provinciaux et territoriaux parrainent des jeux de hasard et en sont les bénéficiaires directs, nous croyons qu'ils ont la responsabilité de fournir une aide appropriée aux victimes de ces jeux. Compte tenu de l'ampleur du jeu compulsif, nous jugeons qu'une portion des recettes du jeu, après déduction des lots et des dépenses, devrait être consacrée à l'éducation, à la prévention et au traitement des problèmes associés au jeu.

Recommandation no 4 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient consacrer dix pour cent ou plus de leurs recettes nettes de jeu à l'éducation, à la prévention et au traitement des problèmes associés au jeu.

Recommandation no 5 : En plus de leurs programmes généraux de prévention et de traitement, les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient offrir des programmes spécialement destinés à des groupes de joueurs à risque élevé.

Divulgation complète de la portée et des risques du jeu. Tous les gouvernements provinciaux et territoriaux rédigent des rapports annuels sur le jeu mais quelques-uns de ces rapports sont incomplets. Nous croyons que les Canadiennes et les Canadiens ont le droit d'obtenir un compte rendu détaillé des sommes jouées dans chaque type de jeu parrainé par le gouvernement, de la portion des recettes distribuée en lots, des sommes consacrées à la publicité et aux frais administratifs et de la manière dont les recettes nettes sont utilisées par les gouvernements.

Nous croyons également que les Canadiennes et les Canadiens ont le droit de connaître leurs chances de gagner aux jeux de hasard parrainés par le gouvernement. Si ce n'est peut-être pas possible dans le cas de tombolas locales ou de soirées de bingo, c'est certainement réalisable en ce qui concerne les machines à sous, les appareils de loterie vidéo, ainsi que les jeux de cartes et les autres jeux dans les casinos.

Enfin, même si nous n'avons pas étudié la publicité se rapportant au jeu dans le présent rapport, nous nous préoccupons de la nature, de la portée et du coût de la publicité, surtout de la publicité à la télévision. Un message publicitaire télévisé présenté dans le cadre d'une récente campagne avait été tourné dans une garderie et laissait entendre que les recettes de loterie représentaient une importante source de financement pour les services de garde d'enfants. En fait, la majeure partie de l'argent recueilli au moyen de loteries était affectée aux hôpitaux et une toute petite portion à la garde d'enfants.

Recommandation no 6 : Les commissions des jeux gouvernementales devraient publier des comptes rendus détaillés indiquant les sommes jouées, les lots gagnés, les coûts administratifs et les recettes de jeu pour chacune des activités qu'elles supervisent.

Recommandation no 7 : Les commissions des jeux gouvernementales devraient produire et distribuer à chaque année des dépliants ou des brochures révélant les chances de gagner associées à divers types de jeux de hasard, les afficher et les offrir gratuitement aux intéressés dans les établissements de jeu.

Recommandation no 8 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient établir des lignes directrices en matière de publicité pour décourager les affirmations extravagantes ou trompeuses au sujet du jeu.

Plus de recherche sur le jeu. Le Conseil national du bien-être social a été troublé de constater le peu d'uniformité dans la recherche sur la fréquence du jeu et des problèmes associés à celui-ci. L'exemple qui saute aux yeux est sans doute l'étrange système de cotation utilisé de concert avec le South Oaks Gambling Screen en Ontario.

Il est primordial de fixer des normes de recherche sur tous les aspects du jeu qui soient uniformes, sinon identiques, d'un océan à l'autre. Il faudrait établir des catégories plus réalistes dans les portions des études mesurant la fréquence du jeu. Il pourrait s'agir notamment des catégories suivantes : n'a jamais joué, joue une fois par année ou moins, joue chaque mois et joue chaque semaine.

Recommandation no 9 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient s'entendre pour commander régulièrement des études normalisées du jeu en vue de mesurer la fréquence du jeu et les problèmes de comportement associés à celui-ci.

Recommandation no 10 : Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient commander des travaux de recherche sur la récupération à la suite de problèmes associés au jeu et sur les méthodes les plus efficaces pour surmonter de tels problèmes.

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