LA CHRONIQUE DE RAOUL

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Sous l’emprise de l’appareil!

CHRONIQUE no. 32 (Publiée aux deux semaines)

Je ne méconnaissais pas le jeu. Je méconnaissais le pouvoir de la suggestion et j’ignorais ma grande suggestibilité.

La vie m’avait enseigné la prudence vis-à-vis mes semblables : je savais qu’ils pouvaient mentir. Elle ne m’avait pas appris à me méfier suffisamment des choses fabriquées, de mes sens et de moi-même. J’avais très confiance en moi. Je réussissais presque tout ce que j’entreprenais.

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L’appareil de jeu était pour moi un simple ordinateur doté d’un programme. Les lots offerts étaient modestes mais les gains occasionnels semblaient assez fréquents. Le taux de retour me semblait raisonnable et j’étais certain que l’espérance de gain était négative. Je m’étais dit qu’il ne serait pas dispendieux d’y jouer raisonnablement.

Erreur! Monumentale erreur! J’ignorais presque tout du jeu compulsif à cette époque. Ces appareils sont très dangereux pour tout usager suggestible. Ces appareils utilisent de puissantes techniques de manipulation par la suggestion. J’étais suggestible et je suis devenu un joueur compulsif. J’ai été complètement subjugué par ces appareils. J’ai joué pendant 20 ans et j’ai englouti toutes nos économies.

La compulsion de jouer était totalement irrationnelle chez moi. Elle prenait la forme d’une conviction qu’il fallait que je joue. Pourquoi? Je l’ignorais; je n’étais certain que d’une chose : « il fallait que je joue ». C’était viscéral chez moi. Mon épouse m’a souvent demandé : « pourquoi faut-il que tu joues? ». Je lui ai toujours répondu que j’en avais besoin.

Cette compulsion suivait une période d’obsession qui survenait dès que je croyais que je pouvais jouer. La compulsion s’accompagnait toujours d’un état altéré de conscience chez moi. Mes facultés étaient monopolisées pour satisfaire ce que je percevais comme une nécessité. J’étais complètement suggestionné, mais je l’ignorais.

La compulsion et l’état de conscience appauvrie qui en résultait débutaient avant que je joue, persistaient durant le jeu, et se prolongeaient parfois quelques heures après l’arrêt du jeu. Quand c’était le cas, j’essayais de me procurer d’autre argent pour rejouer. Par contre, quelques heures de sommeil ont toujours suffi à me rendre mon état normal. Cet état normal devenait de plus en plus pénible à vivre. Culpabilité, incompréhension, anxiété, perte d’estime personnelle, et de multiples problèmes étaient mon lot. Ma vie fichait le camp et j’entraînais ma famille vers la ruine. L’obsession revenait de plus en plus rapidement.

Il m’a fallu plus d’une année d’abstinence et la lecture du livre de Monsieur Philippe Breton, « La parole manipulée », pour comprendre ce qui m’était arrivé. Je connais maintenant ma grande suggestibilité. C’est d’ailleurs une suggestion qui a amorcé mon rétablissement. La thérapeute semblait si certaine que je pourrais ne plus jouer si je prenais les moyens adéquats!

Raoul
 

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