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LA CHRONIQUE DE ANNE |
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LES JEUX DE HASARD ET D’ARGENT |
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MA DESCENTE AUX ENFERS |
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AVANT QUE JE NE M’ENFONCE Avant le jeu, j’étais d’abord et avant tout, une personne sobre. J’avais l’esprit en paix. J’étais intègre, fidèle et honnête. J’aimais mon enfant plus que tout sur Terre. J’étais en amour et j’étais aimée. J’avais le sens de la famille, de l’amitié, du respect de soi et d’autrui. J’avais la liberté de faire les bons choix dans la vie pour être heureuse et bien dans ma peau. J’aimais la vie en dépit de ses morsures et de ses leçons parfois draconiennes... J’avais de l’argent, pas beaucoup, mais suffisamment pour rencontrer mes obligations morales et financières. J’avais l’opportunité de m’offrir une qualité de vie appréciable. J’avais des REER grâce à l’aide et aux précieux conseils de mon conjoint. J’étais réaliste, je m’achetais des billets de loterie, quand j’y pensais, en me disant « si je gagne, tant mieux ». J’appréciais la beauté de la nature, d’un geste tendre, d’un sourire gratuit. J’avais une bonne santé physique et un assez bon moral malgré les séquelles d’une dépression majeure dont je ne peux vous révéler la cause ici. J’avais le sens de l’humour. J’étais juste envers moi-même et envers les autres. J’étais fière de mon apparence, bien vêtue, bien coiffée, bien maquillée. J’avais un travail respectable et j’étais appréciée par mes patrons et collègues de travail. J’avais le souci du travail bien fait dans les délais prescrits. J’étais bien organisée et le temps m’était précieux. J’étais responsable devant tous mes engagements. J’étais ricaneuse et enjouée. J’avais la foi, je croyais en une puissance supérieure. J’avais passé 46 ans de ma vie à apprendre, bâtir et entretenir cette hiérarchie de valeurs tangibles et intangibles. J'AI TOUT, TOUT PERDU ! Dans cet exil endiablé de l’hédonisme (plaisir immédiat) et de la perfidie (trahison), je me suis saignée à blanc. J’y ai laissé toutes mes économies, tous mes REER et j’ai emprunté de l’argent que je n’avais pas les moyens d’emprunter. Mon chèque de paie était hypothéqué à 100% par des emprunts bancaires, des billets à demande et des promesses de toutes les couleurs. Au jeu, je n’ai pas seulement perdu de l’argent. J’ai violé toutes les valeurs précitées. J’ai fait beaucoup de mal à mes proches. Lentement mais sûrement, je me suis isolée de ma famille, de mes ami(e)s et de toute personne qui me priverait de temps pour jouer. Dieu sait que j’en ai fait de la gymnastique mentale pour justifier toutes mes absences familiales et sociales. Lentement mais sûrement, je me suis désintéressée de mon travail. Je prenais des journées de vacances anticipées pour aller au casino ! Ma santé en a pris un sacré coup. J’ai perdu la paix d’esprit et l’esprit de paix. Je vivais ma vie comme un agent secret. Je cachais tout mon courrier, je barrais tous mes tiroirs, je doutais de tout. Je vivais dans la peur d’être découverte. Je vivais de cafés et de cigarettes, je n’avais pas le temps de m’arrêter pour une bouchée. Pas question de prendre 10 $ pour me nourrir, tout mon argent allait au jeu. Je regardais ma vie se faire « flusher » à coup de 25 ¢. Pas question de laisser ma machine pour aller aux toilettes, je me retenais pendant des heures et des heures. Dans mon ivresse mentale, j’étais toujours « sur le point de gagner », alors les besoins de base physiques attendaient à un point tel que j’ai fait plusieurs infections de vessie. Je suis devenue d’une irritabilité excessive. Tout le monde me tapait sur les nerfs. Je persistais, je sautais d’une machine à l’autre en me disant : vous allez me payer, vous allez me rendre mon argent, mes t... de c... de s..., un vocabulaire eucharistique enviable quoi ! Moi qui ai toujours été plutôt timide, j’ai perdu tout respect de moi-même, je m’en foutais si les gens m’entendaient blasphémer à tue-tête ! Je n’appuyais plus sur le bouton « jouer » avec classe et savoir-faire, c’est à coup de poings que j’ordonnais aux maudites machines de me payer ! J’implorais Dieu de me venir en aide en lui jurant de cesser de jouer. Je LUI demandais simplement de me permettre de gagner le montant nécessaire pour acquitter toutes mes dettes, pour la dernière fois. Alors je me suis mise à prier Dieu derrière les machines à sous ! Quelle perfidie ! Je courais de gauche à droite comme une poule étêtée pour trouver de l’argent. Lorsque je quittais le casino, le portefeuille vide et les cartes de crédit « plafonnées », il me fallait encore faire l’épicerie, passer chez le nettoyeur, la pharmacie et tous ses autres commerçants qui font partie de la vie normale et courante ! Bon sens que je dégelais vite ! Visa ? MasterCard ? American Express ? Hum... Voyons, laquelle va passer ? Laquelle va casser ? Joueurs compulsifs, il y a de l’aide pour vous, il y a de l’espoir pour vous. Si vous souffrez d’un problème de jeu, agissez maintenant. Si vous connaissez quelqu’un qui souffre d’un problème de jeu, agissez maintenant, aidez-le à s’en sortir. À l’endroit où je suis allée en thérapie on m’a appris ceci : Le hasard est un événement heureux ou malheureux qui est impossible à prévoir. – La chance est un événement heureux qui est impossible à prévoir. Quelles sont mes chances de détenir, un jour, un billet de loterie de plusieurs millions de dollars ? Ce jour-là, personne ne peut l’inscrire sur le calendrier de ma vie. Quels sont mes risques, qu’un jour, je sois heurtée à mort en traversant simplement la rue ? Ce jour-là, personne ne peut le prévoir et seul Dieu peut m’en épargner ! Dans une dimension plus réaliste, quelles étaient mes chances d’échapper à un sort tragique en demeurant irresponsable, négligente, tout en continuant à nier mon problème de jeu ? Quels étaient mes risques de croire en un recours soutenu, quel qu’il soit, pour alimenter mon besoin de jouer et financer mes dettes qui ne cessaient de s’accumuler ? Affection, Anne 3 juin, 2003 17:03 Anonyme (4) RÉPONSE DE ANNE Rebonsoir Anonyme (4), Affection, Anne VEUILLEZ PRENDRE NOTE QUE LES MISES À JOURS DE CETTE CHRONIQUE ONT LIEU UNE FOIS SEMAINE |